Le mythe de l’inventeur avec son folklore à la “professeur
Tournesol ”ou “ Nimbus ” déclenche
une certaine sympathie mêlée de méfiance,
de moquerie et d’admiration.
Attribué à ARCHIMEDE, c’est le cri le plus célèbre
de l’inventeur et il symbolise bien le fait de trouver quelque chose
de nouveau. Mais ce Big-Cri qui apporte la lumière est suivi ou précédé d’autres
qui sont plus douloureux. L’enfantement est toujours difficile et laborieux
et le terme de galère n’est pas exagéré, comme je
vais essayer de vous le montrer.
Qu’est ce qu’un
inventeur ?
C’est avant tout un créateur. Un petit Dieu
en quelque sorte qui crée, qui tire quelque chose
du néant ou du moins de pas grand chose. Selon les
circonstances et ses créations on peut l’appeler “auteur,
fondateur, promoteur, père, innovateur, producteur,
réalisateur,
”.
Une ambiguïté s’est instaurée
dés l’apparition des mots découvreur
et inventeur. Leur étymologie latine est paraît-il
pour tous les deux “ inventerio ”. Bien sûr
l’acception courante de découverte est l’action
de mettre à jour ce qui existait déjà mais
caché, comme ce texte qui existe écrit sur
mes feuilles et je découvre, devant vous maintenant.
Mais cette intervention, l’ai-je inventé ou
découverte ? Selon l’utilisation des sources,
j’ai découvert en copiant, mais j’ai
aussi assemblé ces éléments en quelque
chose de nouveau, j’ai donc inventé aussi.
On a pu ainsi découvrir l’Amérique
et la Santa Maria, bien qu’à voiles tenait
aussi de la galère. Mais on peut curieusement dire
découvrir un trésor, une relique, un fossile,
la pénicilline, et aussi inventer : inventer un
trésor, une relique, un fossile et FLEMING est connu
comme l’inventeur de la pénicilline.
On peut admettre que l’on découvre ce qui
est. Dans ce cas, c’est l’observation qui joue
le principal rôle et inventer, par contre ce que
l’on crée en montrant en plus de l’ingéniosité,
voire du génie quelque chose de nouveau d’original,
dont personne avant n’avait eu l’idée
et ce dans les domaines de l’industrie, de l’art
et de la pensée. On parle néanmoins de GUTENBERG
comme l’inventeur de l’imprimerie bien que
les Chinois l’avait déjà inventée.
Jean Paul SARTRE en parlant de TORICELLI dit que ce dernier
avait inventé la pesanteur de l’air plutôt
que découverte parce qu’elle était
cachée à nos yeux et qu’il fallait
l’inventer de toutes pièces. Il y a encore
matière à discussion pour les linguistes
et je laisse à votre réflexion la distinction
suivante :
Le mérite de découvrir est de lever les obstacles qui empêchent
de voir ou de connaître la chose telle qu’elle est dans la nature
ou en elle-même, alors que le mérite de l’inventeur est
surtout dans l’art d’employer des moyens particuliers ou de former
certaines combinaisons d’éléments ou de matériaux
pour produire quelque chose de nouveau. Le crayon-gomme a été une
invention assemblant un crayon à un bout de gomme tous les deux déjà existants.
Attendu
que le monde est mercantile, et que l’Homme
est mieux inspiré pour travailler s’il est
récompensé, il a fallu protéger ses
créations intellectuelles par des règles
très strictes, des lois permettant de régler
les cas litigieux. Si nous admettons que tout créateur
soit un inventeur, en prenant donc ainsi ce terme dans
son sens le plus large nous allons voir que la législation
fait un certain nombre de distinctions entre eux. Ces différences
s’expliquent par leurs mises en place au cours des
siècles et par le fait que certaines sont de pures
créations alors que d’autres vont avoir une
application industrielle :
Par ordre, selon moi de “galère ”croissante
nous trouvons :
1. Les œuvres littéraires et artistiques avec
leurs interprétations et leurs productions
2. Les signes distinctifs, par exemple les marques, les
dénominations sociales, les noms commerciaux et
les enseignes, les appellations d’origine et indications
géographiques
3. Les créations ornementales, par exemple les topographies
des semi-conducteurs, les certificats d’obtention
végétale et les dessins et modèles
4. Et enfin les inventions couvertes par un brevet
Analysons
les diverses protections de ces quatre types de créations
:
1. Les droits des auteurs protègent toutes les œuvres
de l’esprit, quels qu’en soient la forme d’expression,
le genre, le mérite ou la destination. Cette protection
est acquise sans formalité, à condition que
l’œuvre soit originale, c’est à dire
porter la marque de la personnalité de son auteur.
Les inventeurs touchent aussi des droits d’auteur
et les feuilles d’imposition n’ont pas oublié cette
mention. Ces droits d’auteur ont été instaurés
par BEAUMARCHAIS Toutes les œuvres littéraires
et artistiques sont protégées et notamment
:
- les livres, les brochures et autres écrits littéraires,
artistiques et scientifiques
- les conférences, allocutions, sermons, plaidoirie
et sûrement cette planche
- les œuvres dramatiques
- les œuvres chorégraphiques, numéros
de cirque et pantomimes
- les compositions musicales avec ou sans paroles
- les œuvres cinématographiques et audiovisuelles
- les œuvres tels que dessins, peintures, sculpture,
architecture gravures...
- les œuvres graphiques et typographiques
- les œuvres photographiques
- les œuvres des arts appliqués
- les illustrations et les cartes géographiques
- les plans, croquis et ouvrages plastiques
- Les logiciels,.
- Les créations des industries saisonnières
de l’habillement et de la parure ;
-
On considère deux aspects dans les droits des auteurs
:
+ le droit dit moral, qui est inaliénable, perpétuel
et imprescriptible. Il comporte : le droit de divulgation,
le droit au nom, le respect de l’œuvre et le
droit de repentir ou de retrait.
Par exemple : vous pouvez, acheter un tableau de n’importe
quel peintre, mais vous n’avez pas le droit de le
signer de votre nom car il est à tout jamais à son
créateur, vous n’avez pas non plus le droit
de le retoucher… mais son auteur veut le corriger
voire le détruire. Il en le droit. Quant à lui,
par contre, de vous apporter un dédommagement.
+ le droit patrimonial : c’est à dire le droit
de reproduction par tout procédé (impression,
photo…) et le droit de représentation par
un procédé quelconque (récitation
publique, projection, télédiffusion…)*Le
cas des logiciels est un peu particulier. Bien qu’ils
revêtent un caractère industriel, ils relèvent
du droit d’auteur avec néanmoins quelques
restrictions quant au respect de l’œuvre. L’auteur
d’un logiciel ne peut pas s’opposer à son
adaptation, ni exercer un droit de repentir ou de retrait
sinon évidemment le système serait quasiment
bloqué.
Pour quelle raison, ai-je mis en premier
cette catégorie
dans l’échelle de la galère, c’est
parce que cette protection est acquise sans formalité ni
limite dans le temps. Il suffit que l’œuvre
soit originale et porte la marque de la personnalité de
son auteur.
Bien sûr l’éditeur a intérêt
d’inscrire son copyright confirmé par le numéro
du dépôt légal, mais auparavant l’auteur
a tout intérêt lui-aussi, avant de faire connaître
son manuscrit de le déposer par exemple à la
Société des gens de lettres pour la somme
de 35€ pour 4 ans de protection. Ce qui facilite les
problèmes juridiques en fournissant une preuve pour
l’antériorité et l’authenticité de
l’œuvre.
A côté de ces droits des auteurs ont été créés
un autre catégorie dite celle des droits voisins
qui protègent trois catégories de bénéficiaires
qui ne sont pas reconnues en tant qu’auteurs : Les
artistes-interprètes, les producteurs de phonogrammes
et vidéogrammes et les entreprises de communication
audiovisuelle.
2. La protection des signes distinctifs :
+ Les Marques : cela peut être un nom patronymique,
un chiffre, un dessin…
Elles doivent être distinctives c’est à dire
ne pas être un mot générique ou nécessaire
ex : vêtement serait non acceptable…
Elles doivent être licites c’est à dire
non trompeuses, ne pas comporter des signes interdits par
la loi, comme les drapeaux des pays, ni être contraires à l’ordre
public et aux bonnes mœurs
Elles doivent être disponibles, d’où une
première galère pour le déposant dans
la recherche des antériorités.
Le dépôt d’une marque de fabrique, de
commerce ou de service assure une protection pour dix ans,
indéfiniment renouvelable. Pour valider le dépôt
il suffira de remplir deux imprimés et de payer
les frais d’enregistrement d’environ 225€ et
un peu plus cher pour le renouvellement. Cela peut coûter
plus cher dans le cas de recherche de “similitude ”
+ les dénominations sociales.
+ les noms commerciaux et enseignes : acquisition sans
dépôt. Le droit naît du premier usage
et protège des concurrences déloyales.
+ les appellations d’origine et indications géographiques
: ici dans ce cas aussi pas de dépôts. Les
AOC sont créées par décrets en France
et un règlement communautaire régit désormais
les appellations d’origine. Il y a eu assez récemment
un problème avec le Camembert.
3. Les créations ornementales
+ Les topographies des produits semi-conducteurs, c’est à dire
la configuration du circuit incorporé dans une puce.
La protection est accordée pour une durée
de dix ans. Environ 3000 FB de frais de dépôts.
+ Les certificats d’obtention végétale
: une obtention végétale est une variété nouvelle,
créée ou découverte, d’un genre
ou d’une espèce. En France c’est le
ministère de l’Agriculture qui en est chargé.
Sa protection est fixée à 25 ans, et cela
pose un grave problème celui de la brevetabilité du
vivant. Nous y reviendrons.
+ Les dessins et modèles : en ce qui concerne les
formes nouvelles d’objets divers voire d’une
partie d’un objet. Les frais pour les dépôts
sont d’environ 2 à 3000 FB pour une durée
de 25 ans renouvelable une fois.
4. Les inventions brevetables
, ou inventions au sens strict, que l’on place dans le domaine du droit de
la propriété industrielle et non plus de
la seule propriété intellectuelle:
Les droits de propriété industrielle s’acquièrent
en principe par un dépôt, parfois par l’usage,
alors que le droit d’auteur s’acquiert sans
formalité, du fait même de la création,
de l’exécution ou la fixation de l’œuvre.
C’est cela qui va donner les différences de
galère entre l’inventeur et les auteurs.
Tout d’abord, il faut savoir que tout n’est
pas brevetable. Par exemple une idée n’est
pas protégeable. Pas plus que les principes , les
méthodes ou les systèmes.
Seules leur expression ou leur mode de représentation
technique peuvent prétendre à une protection.
De plus il faut que ce soit prouvé comme nouveau
et pour cela les recherches en antériorité sont
difficiles et coûteuses malgré les banques
de données informatisées actuellement.
Mais la galère en vaut la chandelle car un brevet
accorde un monopole qui peut faire courir des actions en
contrefaçon sur un contrevenant. Malheureusement
cette protection par les brevets est d’une durée
limitée (en général 20 ans), soumise à des
reconductions annuelles très coûteuses et
d’étendue territoriale limitée.
Pour
mieux comprendre cela, un petit historique : Le brevet
d’invention est apparu dés 1409 à Venise.
C’est un français de Grenoble un certain MARINI
qui obtint le premier en 1443 à propos d’un
moulin à vent. C’est la ville de Venise qui
lui octroya ce monopole pour vingt ans. Ce même MARINI
obtint d’autres brevets de l’Empereur Frédéric
III et de l’archevêque de Salzbourg.
En France, à cette époque existaient une
pratique vieille de plusieurs siècles : les lettres
patentes, qui furent confortées par la déclaration
royale du 24 mai 1762.La déclaration des droits
de l’Homme de 1789 va conduire à la loi du
7 janvier 1791 sur “ les découvertes utiles
et aux moyens d’en assurer la propriété à ceux
qui seront reconnus en être les auteurs ”.
Avant cette loi la galère était encore plus
pénible comme l’écrivait un mémorialiste
: “ que d’embarras, que d’obstacles,
que de chagrins, que de dégoût de tout temps
réservés à ceux qui osaient se présenter à notre
administration comme inventeurs ” . Entre 1791 et
1800, 120 brevets ont été accordés
alors que 40 fois plus le seront entre 1831 et 1840.
Cependant ce fut en Angleterre sous l’impulsion du
roi Henry III que des lettres patentes se développèrent.
Le Roi alla même jusqu’à donner une épouse
britannique pour inciter les drapiers flamands à venir
en Angleterre. Drôle de galère ! Mais seuls
55 brevets furent délivrés entre 1590 et
1616. Les USA seront plus expéditifs puisque la
première loi sur les brevets date de 1790.
Vers 1870 les économistes libéraux lancent
une campagne contre ces monopoles et la Grande Bretagne
et la Hollande suppriment même ces protections. Mais
devant une récession, ils les rétablissent
en 1883.
Embarquons maintenant à partir de quelques exemples
dans la Galère de l’Inventeur :
Précisons aussi un peu le statut de cet éventuel
inventeur :
+ Si vous êtes ingénieur dans un bureau d’études
d’une firme et que votre contrat de travail précise que c’est
dans vos attributions d’améliorer tel procédé. Le
brevet de l’invention en ce domaine sera la propriété de
la firme. Vous pouvez, néanmoins exiger que votre nom figure dans le
brevet, et de négocier une indemnité supplémentaire. Dans
ce cas de brevet, ce n’es pas la galère, ou du moins les responsabilités
incombe à la firme qui va juger si oui ou non elle dépose un
brevet. Beaucoup d'’entre elles souvent préfèrent ne rien
déposer et tirer au plus bas leur prix de revient et de saturer le marché.
Une réforme des brevets s’impose. Elle se met en place du reste.
+ Si vous êtes salarié, comme l’ingénieur dont nous
avons parlé et que vous inventiez hors de votre domaine de contrat vous
pouvez, après autorisation de votre patron, déposer un brevet.
Il ne faut pas omettre cette formalité, demande qui n’est pas
si évidente à formuler.
Ainsi occupons nous de l’inventeur
courant :
Une idée peut venir brutalement à l’esprit
par on ne sait quel hasard mais en général
cette “ pomme de NEWTON ” ne découvre
qu’une question en sommeil ou en gestation dans votre
cerveau.
La plupart des inventions sont induites par la nécessité et
c’est pourquoi l’inventeur peut être
n’importe qui. Ce ne sont pas les polytechniciens,
fussent-ils d’une très grande Ecole qui déposent
le plus de brevets.
Lorsque vous avez trouvé une idée, je vous
rappelle que celle ci n’est pas brevetable, il faut
réaliser un ou plusieurs prototypes pour l’exprimer
; et cela commence par le dessin des croquis, des dessins
voire construire des prototypes.
Il faut dés ce stade là prendre de grandes
précautions quand au maintien du secret. Comme on
sera bien obligé de parler ou de montrer cette chose
nouvelle à d’autres personnes.
La première des démarches c’est le
dépôt :
+ D’une enveloppe SOLEAU à 15€ : (j’en
montre une vierge, une fermée) on dépose
dans les deux parties de cette double-enveloppe deux copies
identiques de vos dessins ou photo ou prototypes. Les enveloppes
seront perforées et numérotées. L’une
d’elles est gardée 3 ans à l’INPI
et l’autre vous est renvoyée.
+ Dépôt d’un manuscrit à la Société des
Gens de Lettres avec 45€.
Ceux ne sont pas des protections, simplement des preuves
légales en cas de contestation de date, voire de
divulgation par un tiers, lors d’un contact avec
une firme.
A ce stade-là, il est conseillé de faire
une recherche personnelle pour savoir si quelqu’un
n’a pas déjà réalisé la
même invention. Cela vous évitera des dépenses
et démarches inutiles. C’est ce qu’on
appelle la recherche en antériorité, les
banques de données informatiques ont grandement
facilité la tâche. Ensuite vous avez le choix,
soit de rédiger vous-même le texte de la demande
de brevet, soit de vous adresser à des professionnels
: les cabinets de brevets. Ce sont des professionnels,
ils peuvent vous évitez le pire mais ils font payer
plus ou moins chèrement leurs prestations.
C’est pourquoi, je répète que vous
avez donc tout intérêt à faire dans
un premier temps la recherche en antériorité vous-même.
Un brevet n’étant valable que 20 ans, les
recherches doivent se faire sur les vingt dernières
années mais pour le monde entier. La classification
est comme toute classification plus ou moins adapté à ce
que vous avez inventé, mais une bonne journée
de travail devrait suffire à vous rassurer ou à vous
libérer de ce projet. Il n’est pas évident
qu’à ce stade ce soit une déception
pour certain inventeur déjà échaudé,
la satisfaction d’avoir eu la même idée
que quelqu’un est grande. Elle se double d’une
petite joie sadique lorsqu’il note la date de dépôt
et que ses applications ne sont pas encore visibles 12
ans après La plupart du temps, une antériorité notoire
déçoit mais il vaut mieux s’en apercevoir
avant d’entreprendre plus avant le projet.
La
fabrication d’un prototype, en général,
n’est pas simple matériellement surtout quand
elle nécessite le travail de certains matériaux
nécessitant un outillage particulier. C’est
la grande différence d’avec les créations
littéraires et artistiques. De plus qu’il
faut réaliser le prototype dans le plus grand des
secrets, toute divulgation publique entraînant la
non protection. Certains inventeurs sont obligés
de faire réaliser les diverses pièces de
leur produit chez des artisans différents ou alors
de leur faire signer des engagements de “ confidentialité ”.
La réalisation de prototype engage parfois des frais
considérables. Bernard de PALISSY n’a t il
pas brûler ses meubles pour retrouver le secret de
la cuisson de la porcelaine ?
Le prototype fonctionnant correctement,
ce qui a demandé là souvent
des trésors de patience et de talent insoupçonnables.
Il faut passer au dépôt du brevet. C’est
EINSTEIN qui a travaille à l’office des brevets,
mais on m’apprendrait que KAFKA y est aussi passé que
cela ne m’étonnerait guère.
Si le brevet peut paraître quelque chose de simple
pour le profane, vous tombez de bien haut lorsque vous
aborder l’antre des offices des dépôts.
On vous permet les ou l’une de trois possibilités
: la demande nationale, le brevet dit européen,
le brevet communautaire et la demande PCT internationale.
Ces voies se recoupent se recouvrent d’une façon
assez inextricable pour mieux pomper jusqu’à la
moelle par diverses taxes le malheureux inventeur. Evidemment
l’inventeur ne demanderait pas mieux que son dépôt
soit unifié, légalisé valable partout
surtout à notre époque de mondialisation
des industries. Mais des états veulent se garder
le droit de permettre à leurs ressortissants ou à d’autres
sur leur territoire d’exploiter une idée sans
avoir eu la peine de la mettre en œuvre. C’est
Mark TWAIN qui écrivait « si je trouvais une île
déserte la première des choses à faire
serait d’y installer un office de brevets ».
La législation des brevets est d’une grande
complexité. Néanmoins, en s’en tenant à des
grandes lignes voici le principe même du brevet :
Un dépôt ne s’improvise pas car le brevet
est un document qui pourrait être utilisé par
des juristes dans le cas de contrefaçons et sa forme
ne doit prêtée à aucune ambiguïté.
Les offices de brevets vous fournissent gracieusement des
modèles où tout est stipulé. Là-encore,
au moins pour un premier brevet ne vaut-il mieux pas passer
par un homme de l’art ? Ce sont les Conseillers en
propriété industrielle regroupé au
sein de Compagnie nationale et présents au niveau
de Cabinets de brevets. Ils plument plus ou moins l’Inventeur
mais peuvent l’aider efficacement car la forme du
dépôt est très particulière.
Il faut respecter les formats, les dessins qui sont sans échelle
et les légendes numérotées. Le critère
d’une bonne définition et d’un bon dessin
est quand même assez subjectif, vu la nouveauté de
la chose puisqu’il consiste au fait que ces données
doivent permettre à un homme de l’art de construire
le produit décrit.
L’essentiel réside dans la définition
de l’invention ( nom, périphrase…),
mais surtout dans ce que l’on appelle les “ revendications ”.
Le jargon utilisé est très particulier, du
style des caractères très fins d’une
police d’assurances. C’est d’ailleurs
la même fonction, la couverture. Il faut inscrire
dans ces revendications tout ce que vous pouvez imaginer
pour décrire mais surtout empêcher l’imitation
de votre invention. Non seulement ….Il faut en écrire
un très grand nombre car toutes ne seront pas acceptées
par les Office des brevets. Il faut aussi stipuler toutes
les utilisations éventuelles dans le futur de cette
idée. On peut évidemment une fois que le
brevet est déposé faire des rajouts, mais
cela coûte très cher. D’où, parfois,
une éventuelle économie en passant par un
cabinet sérieux.
Le Brevet déposé il faudra attendre quelques
mois voire quelques années pour que les recherches
en antériorité soient terminée
Le brevet va devoir être exploité, c’est à dire
il faudra trouver une firme pour le produire et le commercialiser.
Sur 500 brevets déposés, moins de 2 seulement
arrivent à ce stade. Pourquoi ? Les entrepreneurs
sont frileux. Ils ont peur à priori de ce qui est
nouveau. C’est vrai qu’il y a un risque. Souvent
la firme intéressée à besoin de finir
d’écluser ses stocks du produit X remplacé avantageusement
par le nouveau produit. Et le produit X n’a pas encore été suffisamment
rentabilisé.
Et les crédits dans tout cela ? Il y a des aides
plus ou moins officielles. L’OSEO-ANVAR en France
accorde des aides plutôt aux entreprises créatrices
d’emplois, et, sur Internet, des parasites à la
limite de l’escroquerie tendent leurs filets pour
capturer l’inventeur imprudent. Non, l’inventeur
indépendant, en France, ne reçoit aucune
aide. Et même je dirais que depuis décembre
2008, son statut s’est trouvé aggravé par
l’obligation de payer la taxe de recherche d’antériorité au
moment du dépôt du brevet et non 18 mois plus
tard comme c’était. Ce qui permettait de déposer
un brevet pour 29€ alors qu’il en faut plus
de 286€ maintenant.
Admettons
que tout se passe bien et que le brevet soit délivré pour « n » pays.
Restera à trouver une ou plusieurs firmes qui assureront
la production et la diffusion. La encore la frilosité est
grande. Comment une firme peut-elle développer un
nouveau produit donc, en général, meilleur
alors qu’il lui reste en stock l’ancien produit
qui sera caduque.
Autre côté un peu pervers du monopole que
donne le brevet c’est la part de bénéfice
que prend l’inventeur sur le prix de revient du produit.
Ne vaut-il pas mieux attendre pour une firme que notre
pauvre inventeur, s’essouffle, ne puisse plu payer
une annuité et à nous l’invention gratuite
! C’est pourquoi sur 500 brevets déposés
deux seuls verront le jour.
Voici quelques pistes de réflexion à propos
des inventeurs :
+ Pourriez-vous me citer un seul ouvrage de littérature
contemporaine qui ne porte pas le nom de son auteur, une
seule musique ou chanson qui ne porte le nom de leurs créateurs,
un seul tableau ou sculpture qui ne portent le nom de l’artiste
qui l’a créé ? Non, toutes ces œuvres
mentionnent le nom de leurs créateurs.
Et maintenant, pourriez-vous, à contrario me citer
un seul produit inventé et tous l’ont été auquel
on a associé le nom de son inventeur ? à partir
le stylo Bic et la tour Eiffel, je ne vois pas !
Ainsi, l’inventeur subit une première frustration,
celle de la non-reconnaissance et cette blessure est terrible
pour un créateur.
+ Que pensez-vous aussi du fait qu’un brevet d’invention
soit limité à 20 ans ? C’est court
dans la vie d’un inventeur ! Comparé à la
protection que reçoit un auteur de chansons par
exemple, qui en déposant pour moins de 50€ son œuvre,
la SACEM, non seulement surveille l’exécution
de son œuvre mais verse des royalties jusqu’au
décès de l’auteur et même à ses
ayants-droits 70 ans après !
+ L’inventeur ne fait –il pas preuve d’égoïsme
dans la mesure où il défend un monopole qui
peut apparaître comme un privilège ? En fait,
son point de vue est très légitime, celui
de la reconnaissance de la paternité d’une œuvre
et de plus, son invention lui a tellement demandé d’efforts,
de patience, d’engagements financiers souvent pénibles
qu’il ne peut admettre que lui-aussi n’aurait
pas droit à cette reconnaissance d’autant
plus, si la firme ayant développé son produit
en tire un certain bénéfice .
+ L’injustice flagrante du principe des annuités
: après toutes les dépenses dues à l’obtention
du brevet et à sa délivrance, pour que celui-ci
ait toute sa valeur, il faut payer tous les ans une redevance
dont le montant va crescendo. Une seule annuitée
oubliée et le brevet est caduc. Tout est balayé.
+ Et c’est pour cela que nous avons créé notre association
E-F-I. . Certes notre époque, caractérisée par un individualisme
ambiant, par un désintérêt de tout ce qui est militantisme
n’est guère propice mais c’est le seul moyen légal
pou nous d’exister et de pouvoir vous rencontrer pour vous exprimer nos
idées. Par ce biais nous pouvons vous informer de notre situation et
vous convaincre de diffuser ce que nous pensons afin qu’une relève
s’effectue.
Nonobstant tout ce que je viens de vous dire je ne peux conclure quand vous
demandant de nous rejoindre, nous les inventeurs indépendants « Osez
inventer, vous verrez comment il est parfois bon aussi de voyager à bord
d’une galère ».
Serge
CASSAGNE, Secrétaire général
de l’E-F-I., ce 31 mars 2009.